Les historiens utilisent différents sources, notamment des textes. Ces derniers sont parfois anciens et ça pose problème. Bien sûr, il y a le fait que l'orthographe et la grammaire évolue avec le temps : le français tels qu'écrit par Molière n'est pas le même que celui de 2026. Mais il y a un autre problème : les mots peuvent changer de définition, définir des concepts qui n'existent plus ou voir se charger d'une connotation (positive ou négative) qui change la perception d'une phrase. Voici deux exemples pour vous aider à percevoir ce problème :
- Les enfants. En 1212, les chroniqueurs (ceux qui tiennent un journal des évènements de leur époque) notent le départ d'une croisade dont la nature est particulière : celle-ci ne seraient composée que d'enfants. En effet, les sources de l'époque utilisent le mot latin pueri (qui a donné puéril) Alors, est-ce que des gamins de dix ou douze ans auraient spontanément décidés de s'organiser pour aller se battre en Terre sainte ? Eh bien, pas vraiment. Si vous demandez à quelqu'un de définir le mot enfant, il vous donnera sans doute la définition physiologique : un enfant est une personne qui n'a pas encore attend l'âge d'être un adulte. Mais il peut aussi vous donner la définition juridique : un enfant est une personne qui n'a pas encore atteint l'âge de la majorité. Après, le lieu où les enfants sont jugés est appelé "tribunal pour enfants". Dans le langage courant, il n'y a de différences, la majorité légale étant obtenu automatiquement à 18 ans. Mais à l'époque médiévale, ça ne marche pas comme ça. Les personnes en situation de dépendance ou de servilité (les domestiques ou les serfs) sont légalement des mineurs. Le mot pueri n'a ici rien avoir avec la puérilité, mot qui n'apparaît dans la langue française qu'au XIVe siècle (https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/pu%C3%A9rilit%C3%A9)
- La race. Dans son ouvrage Vers l'armée de métier, Charles de Gaulle parle de la Belgique en ces termes :
Citationce pays belge, sans profondeur, sans réduit, ce peuple partagé entre deux races et deux langues rivales
- Charles de Gaulle, Vers l'armée de métier, Éditions Berger-Levrault, 1934.
L'utilisation du mot "race" nous choque par l'imaginaire raciste qui est véhiculé, mais à l'époque, ce mot servait aussi à désigner simplement un ensemble de personnes ayant entre elles des caractères communs importants (https://www.cnrtl.fr/definition/race), sans qu'il n'y ait forcément une dimension raciste. - Le sang. Dans La Marseillaise, il est possible d'entendre les paroles suivantes Qu'un sang impur, abreuve non sillons. Le sang dont il est fait référence ici est celui des contre-révolutionnaires, quelle que soit leur nationalité. L'historien Yann Bouvier a déjà fait à ce sujet une vidéo.
Il est donc important en histoire de faire attention à l'implicite que peuvent véhiculer les mots, surtout quand les textes étudiés ont plusieurs dizaines, voire centaines d'années.